Cyberpirogue solaire

Pays d'action : Bénin Domaine d'intervention : Education

Session :

Pays de la Loire

Région d'implantation de l'association :

Pays de la Loire

Domaine d'intervention :

Education

Thématique d'intervention :

Population cible :

Date de l'évaluation :

15/04/2018

Type de l'instructeur :

AMP

Typologie de l'évaluation :

Final

Description du projet et contexte local :

L’association française Grand-Lieu Nokoué en partenariat avec le Gsade-ONG (groupe de solidarité et d'appui au développement endogène-ONG) a mise en oeuvre un projet d’accès aux nouvelles technologies de l’information et de la communication à destination des jeunes des collèges de la région lacustre du lac Nokoué au nord de la capitale Cotonou. Plus exactement le projet se situe dans la commune de Sô-AVA. Le projet s’inscrit dans un plus large projet d’accès aux outils informatiques et bureautiques pour les jeunes de la région du lac. La population est relativement pauvre. Elle vit à la fois du tourisme, du trafic de pétrole, de la pêche et d’autres activités artisanales. Les écoles, en ce qui nous concerne les collèges, sont aux nombres de cinq autour du lac de la commune de Sô-Ava. Ces derniers accueillent des élèves de la 6e à la 3e. Actuellement, aucun de ces établissements n’offre un accès informatique ou faible. De fait, alors que la connaissance de l’ordinateur est en partie au programme scolaire, le manque d’offre est très dommageable. Afin de pallier à ce problème d’accessibilité, le projet de pirogue informatique fonctionnant à l’énergie solaire doit permettre de faire venir l’outil à l’utilisateur. La pirogue venant en complément d’un cybercentre où sont installés 30 ordinateurs fixes. Le cybercentre est situé aux abords du petit port où de nombreuses pirogues accostent afin de charger ou décharger leur cargaison. Il y a donc une importante activité économique. La pirogue est quant à elle composée d’un toit protégeant des intempéries où sont installés 2 panneaux solaires. Ces derniers sont reliés à un groupe de batterie stocké dans la pirogue. La collecte de l’énergie solaire conservée dans ces dernières permet d’alimenter les ordinateurs portables raccordés par des prises de courant. Un technicien informatique (Rodolphe) s’occupe de la formation des jeunes et de la maintenance des appareils.

Pertinence et cohérence 4,75/5

La question de la pertinence du projet doit amener à analyser le lien entre la problématique locale et les moyens mis en oeuvre pour y répondre. Premièrement, au vu de la situation de zone lacustre et de difficulté d’accès des collèges, l’utilisation de la pirogue apparaît comme évident est un bon moyen d’apporter l’informatique aux élèves. Notamment, il est cohérent de compléter le cybercentre avec une cyberpirogue. Cela crée deux branches, deux outils qui permettent un accès fixe et un mobile nécessaire dans un contexte de forte mobilité fluviale. Il y a donc une cohérence entre les modes de déplacements locaux et l’utilisation de la pirogue. La topographie est ainsi optimisée d’autant que le cybercentre est situé près du port ce qui perme de sécuriser la cyberpirogue. Quand est-il de la cohérence entre le cybercentre et la cyberpirogue sur le plan de la complémentarité ? Il apparaît d’après nos entretiens avec les trois bénéficiaires que les personnes qui bénéficient du cybercentre sont plus enclines à utiliser la cyberpirogue. Cette double utilisation renforce deux fois plus les compétences acquises, mais délaisse aussi d’autres utilisateurs. La cyberpirogue peut être aussi un levier afin d’amener des jeunes qui ne sont pas déjà sensibilisés à venir au centre. Notons aussi que l’ensemble des acteurs, bénéficiaires et association locale, a noté que l’avantage de la pirogue est qu’elle répond à la problématique du coup de déplacement dans la zone puisque prendre une pirogue pour venir au centre représente un coût.

Efficacité - 4,75/5

L’objectif général (O.G.) du projet et les 5 objectifs spécifiques (O.S.) sont les suivants : O.G.1 : Apporter une contribution au développement du bassin du lac Nokoué au Bénin par l'amélioration des conditions de l'enseignement en mettant les moyens nécessaires à l'utilisation de l'informatique et à la pratique d'Internet à la disposition des collèges de ce territoire. O.S.1 - Initier les collégiens de Sô-AVA aux TIC. O.S.2 - Développer les relations entre Grand-Lieu et Nokoué. O.S.3 - Améliorer le niveau de l'instruction à Sô-AVA. O.S.4 - Offrir de nouvelles perspectives professionnelles aux apprenants de Sô-AVA. O.S.5 - Sensibiliser les habitants de Sô-AVA aux énergies renouvelables. L’évaluation de l’efficacité de la cyberpirogue doit être analysée au-delà des objectifs mentionnés ci-dessus. Néanmoins, dans un premier temps, nous analyserons son efficacité à l’aune de ces derniers pour dans un second temps, nous élargirons l’analyse. Les échanges avec les bénéficiaires permettent de vérifier que les collégiens de Sô-Ava ont bien été initiés à l’utilisation des TIC. La fréquence de venue de la cyberpogue mentionnée par le porteur de projet local et par les bénéficiaires est cohérente. Le bilan final de l’association atteste des mêmes données recueillies sur le terrain (plus d’une centaine de jeunes formés). Bien que celle-ci soit inférieure à celle prévue (peut-être est-elle ambitieuse ?). Un effort est fait sur le terrain pour offrir un accès privilégié aux jeunes et les jeunes filles ne sont pas exclues du projet au contraire. En ce qui concerne l’amélioration du niveau d’instruction Sô-Ava, il faut avant tout se référer aux dires des bénéficiaires et de Rodolphe lors des entretiens semi-directifs. Les jeunes ont très largement présenté la cyberpirogue comme support leur permettant de compléter leur enseignement. Ils/Elles l’utilisent pour effectuer des recherches sur le cours dispensé pendant la scolarité. Néanmoins, une limite est apparue rapidement au cours des échanges avec l’ensemble des acteurs. La pirogue a des moyens limités et ne peut pas se permettre une présence suffisante pour subvenir à la demande. Notamment, la pirogue transporte que 12 ordinateurs voir légèrement plus ce qui limite le nombre de bénéficiaires. En ce qui concerne l’objectif spécifique numéro 4, il est difficile de savoir si à ce jour la cyberpirogue a vraiment joué un rôle ou va jouer un rôle. Sans une poursuite de l’étude informatique au lycée, il est fort probable que les effets sur l’employabilité des jeunes restent limités. En ce qui concerne l’objectif spécifique numéro 2, il est là aussi difficile d’avoir une évaluation claire. Néanmoins, il a été constaté, à travers les échanges que le porteur de projet local vient en France et qu’une volonté de mise en relation entre élèves en France et élèves à Sô-Ava doit être faite. (peut-être dans le cadre de nos échanges pouvez vous compléter). En ce qui concerne l’objectif spécifique numéro 5, nous doutons de l’efficacité du projet quant à la promotion des EnR. Tout d'abord, ce n’est pas son objectif premier, deuxièmement, il s’avère que localement, l’utilisation de pétrole est bien trop importante par rapport à la potentialité de sensibilisation pirogue. Cependant, le développement et l’installation dans la zone de lampadaires solaires et autres énergies renouvelables devraient permettre de sensibiliser davantage les habitants de Sô-Ava. Si l’on s’écarte de la simple analyse de l’efficacité par rapport à des objectifs préalables écrits, le projet porte une efficacité renforcée sur plusieurs points. Tout d'abord, le projet est efficace dans la promotion et la mise en avant d’une idée novatrice, innovante et adaptée au contexte local. Lors des échanges avec les locaux, on a pu constater que de nombreux habitants et travailleurs de la zone lacustre connaissent l’existence de la cyberpirogue. En ce sens, si l’on considère la pirogue comme un outil de promotion des activités du centre, cette dernière est une réussite d’autant que des jeunes bénéficiaires nous ont précisé qu’ils viennent plus au cybercentre depuis la venue de la pirogue. Victime de son succès et de la limite de bénéficiaires qu’elle peut toucher, la cyberpirogue rencontre une “crise” d’efficacité. Afin de couvrir le bassin de la zone lacustre et principalement la zone de Sô-Ava, il faudrait entre 4 à 5 pirogues selon André Todje et davantage de cybercentre.

Efficience - 3,5/5

(L'efficience est la manière la plus optimale de réaliser des objectifs) En reprenant l’objectif général mentionné ci-dessus, la cyberpirogue solaire est-elle le plus efficiente pour atteindre l’amélioration des moyens mise en oeuvre pour améliorer l’utilisation de l’informatique ? Tout d’abord, il faut préciser que la cyberpirogue doit être vue comme un outil et non comme une fin. Dans un premier temps, il faut constater que la cyberpirogue permet d’apporter l’outil informatique jusqu’au bénéficiaire compte tenu de la contrainte de déplacement et d'étalement de la commune de Sô-Ava. Il apparaît que la pirogue en apportant jusqu’à l’utilisateur les TIC permet donc de remplir ses OS1 et OS3. Dans un second temps, il faut relativiser le premier constat. La cyberpirogue n’est pas efficiente pour réaliser l’OS1 et l’OS3 et donc l’OG1. En ce sens, la cyberpirogue est très limitée tant en temps d’activité quand terme de couverture ou quand capacité d’accueil. La question de l’efficience pose alors la question d’alternative possible à la cyberpirogue. Il semble qu’il en existe et preuve en est, l’existence du cybercentre. Ce dernier apparaît comme bien plus efficient pour former les jeunes et notamment les collégiens de la commune sur long terme. De fait, la cyberpirogue n’est pas le meilleur moyen de réaliser l’objectif de formation. Pourtant, un troisième temps d’analyse est nécessaire afin de nuancer la seconde. Si la cyberpiorgue n’est pas le meilleur moyen de réaliser l’objectif de formation, elle est un moyen efficient d’apporter l’outil des NTIC aux collégiens. Le cybercentre, de par sa position géographique entraîne d’importantes exclusions. En ce sens qu’une majorité de la population de la commune n’a pas accès au centre pour plusieurs raisons dont la principale est le coût de transport en pirogue vers le centre. Il convient donc de voir la cyberpirogue comme un outil de sensibilisation, de promotion des NTIC. Dans un quatrième temps, il faut comprendre que si la cyberpirogue répond à l’exclusion indirecte que crée le cybercentre, il faut malgré tout nuancer. La cyberpirogue créée de nombreux exclu de par sa capacité d’accueil et du périmètre d’action qu’elle doit couvrir. Pour autant, elle permet d’améliorer le niveau d’instruction, d’apprentissage des bénéficiaires puisque ces derniers n’avaient pas ou peu accès à l’informatique. Pour poursuivre l’analyse, il faut descendre à un cinquième niveau d’analyse, qui découle de la conversation avec le porteur de projet local. Le meilleur moyen de réaliser l’OG1 aurait été l’installation d’un cybercentre dans chaque collège de la commune. Pour autant, il faut là encore remettre en perspective cette solution. Cette dernière coûterait beaucoup plus cher et aurait été difficilement envisageable dans le temps du projet et à l’échelle d’un microprojet. Pour conclure, il est important de spécifier que la cyberpirogue permet dans une certaine mesure de remplir les objectifs spécifiques (OS1 et OS3). Néanmoins, d’autres solutions auraient pu être envisagées. Cependant, malgré l’aspect critique de cette partie “efficience” il convient de noter un point important qui sera développé plus loin dans le rapport à savoir le potentiel indirect de sensibilisation et de communication autour de ce projet. La cyberpirogue est un projet inédit dans la région elle est connue et reconnue pour être un projet innovant. Cet effet indirect du projet est un moyen d’arriver à la réalisation des objectifs. C’est en soi une réussite.

Effets / Impacts - 5/5

Rappel de définition qui cadre l’analyse Effets: Les effets sont les incidences directes et indirectes d’une action. Ils correspondent aux résultats et à d'autres dynamiques/contraintes provenant du milieu. Ils peuvent être anticipés, mais avec une marge d'incertitude. Impacts : L'impact est le changement final observé à la suite d'une action. Prévoir un impact est plus difficile que la prévision des effets, car plusieurs facteurs extérieurs au projet interviennent L’effet direct du projet est que ce dernier a permis à des élèves qui n’avaient pas ou peu utiliser l’outil informatique d’être initiés et formés à ce dernier. La conséquence est bien l’augmentation du niveau théorique et pratique des bénéficiaires quant à l’utilisation des outils informatiques. Un second effet repose sur un effet indirect du projet. Les bénéficiaires du projet sont principalement les bénéficiaires du cybercentre (pour le volet scolaire). De fait, la montée en compétence est doublement renforcée. Pour les non initiés via le cybercentre, la pirogue a le mérite d’être un premier pas vers l’appropriation de l’outil. Si l’on se réfère aux contraintes et dynamiques liées au contexte local, le projet a eu un effet très important. Comme mentionnée précédemment, la population locale connaît à la fois le cybercentre et la cyberpirogue elle permet indirectement de promouvoir les TIC à travers sa présence dans la zone lacustre. L’impact du projet est l’augmentation de fréquentation du cybercentre. Difficile à prévoir, la cyberpirogue a étendu son action en sensibilisant les bénéficiaires au-delà des contours de l’embarcation. La pirogue est une sorte d'ambassadrice de l’informatique dans la région lacustre et auprès des jeunes des collèges. Les changements palpables et en lien avec la mise en activité de la pirogue ont reposé sur la motivation du partenaire local porté par deux personnalités fortes à savoir André et Rodolphe. La cyberpirogue a eu pour changement final la perception des NTIC comme un outil levier à de nombreuses autres thématiques. Dans le cadre du projet c’est la dimension éducative qui dépasse en plus cette sphère. Par exemple un bénéficiaire a pu nous évoquer comment ses recherches sur le type de poisson du lac Nokoué et des formes de pêche mise en oeuvre lui ont permit de conseiller son père pêcheur.

Pérennité - 5/5

La cyberpirogue ne devrait pas rencontrer de problématique majeure à perdurer. Tout d'abord, car il y a une très forte acceptation de la population globale de Sô-Ava et des bénéficiaires plus strictement. Sur le plan politique, l’ancienne position de monsieur André Todje dans les instances de décision locale devrait assurer le soutien, dans le temps, des autorités au projet. Sur le plan technique, la viabilité du projet a été très bien pensée depuis de départ. Les compétences de Rodolphe bénéfice très large au maintien des équipements technique. D’autant que les batteries sont bien protégées ainsi que l’ensemble des installations électriques. Les panneaux solaires accessibles facilement permettent un entretien quotidien. Les ordinateurs portables sont stockés dans le cybercentre et sécurisés sur une table lors qu’ils sont sur la pirogue. Au vu de son agencement et même en cas d’entrée d’eau dans la pirogue les ordinateurs sont protégés ; le toit protégeant encore davantage les installations. Deux points peuvent légèrement poser problème quant à la pérennité du projet (le premier étant lié au second). La pirogue est une structure très imposante et le moteur consomme beaucoup d’essence. Cette consommation pose deux problèmes. Tout d'abord, l’impact environnemental du projet est important. Certes, au vu de la pirogue un moteur électrique ne saurait être suffisant, mais en consommant une quantité importante de kérozen, la pirogue impact l’environnement. Cet important besoin en carburant est le premier poste de dépense de la pirogue. De fait, alors que l’accès est gratuit, les frais pour son fonctionnement sont couverts en partie par les revenus du centre. Si ce dernier venait à moins bien fonctionner, la pirogue pourrait rencontrer des difficultés de fonctionnement.

Apprentissage et leçons tirées :

Le principal apprentissage que l’on peut tirer de ce projet est l’immense créativité des porteurs de projet tant français que locaux. Dans un contexte complexe, ils/elles ont réussi à faire de ces contraintes une force et utiliser leur environnement afin de mettre en oeuvre une solution efficace. Néanmoins, et comme le mentionne l’association française dans ses bilans, le périmètre du projet était au départ très ambitieux. Si l’on se réfère strictement au projet déposé, il faudrait nuancer davantage le rapport d’évaluation entre le prévu et le réaliser. Pour autant, si l’on cantonnait ce rapport à cette analyse binaire du projet, on ne capterait alors pas une partie du projet à savoir l’innovation. Ce projet est un exemple d’innovation qui se nourrit du terrain notamment parce que c’est l’outil qui vient à l’utilisateur et non l’inverse comme on peut souvent le constater sur le terrain.

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