Profil d’experts des microprojets #3

Lors de chaque session d’appel à projets, l’AMP sollicite l’expertise des membres de son comité d’experts, qui s’élargit chaque année. Ces derniers, dont les profils sont très diversifiés, apportent une analyse des projets en fonction de leur expertise géographique et thématique, et participent ainsi à la sélection des projets lauréats.

Retrouvez chaque mois la présentation d’un expert externe de l’Agence Micro Projets.

 

 

Emmanuelle Patetsos

Coordinatrice du pôle Solidarité Internationale à Terre & Humanisme

Instructrice des projets de la thématique agro-écologie à l’Agence des Micro Projets

Profil linkedin : https://fr.linkedin.com/in/emmanuelle-patetsos-71aa63120

 

 

Emmanuelle Patetsos accumule 15 années d’expérience en Afrique subsaharienne et australe pour différentes ONG de terrain. Elle s’est spécialisée sur les projets de développement portant sur les thématiques d’agriculture durable et d’agroécologie, d’appui aux organisations paysannes et de structuration de filières agricoles, agroalimentaires et artisanales. Rentrée en France depuis 2 ans, elle coordonne le pôle solidarité internationale au sein de Terre et Humanisme.

 

Quel enseignement tirez-vous des instructions des microprojets ?

On constate que les préoccupations environnementales et climatiques sont présentes chez tous les porteurs de projet et que l’agroécologie représente une solution partagée et adoptée de plus en plus.

Ces projets reposent beaucoup sur des hommes et des femmes investi.e.s dans leur communauté et qui construisent des partenariats avec des associations françaises sur les bases solides de la confiance, de l’échange et de la solidarité. Ils ont tous en commun une réelle volonté de faire évoluer la situation des populations locales avec des projets précis construits la plupart du temps avec les bénéficiaires.

La trame d’instruction des projets invite les soumissionnaires à une auto analyse de leur projet, en les amenant à se poser les bonnes questions sur l’amont et l’aval du projet : de l’implication des bénéficiaires et acteurs locaux dans la construction du projet, puis sa mise en place, aux questions de pérennisation, de réappropriation et de conditions pour répliquer le projet. C’est une manière pertinente de participer à la professionnalisation des acteurs de la solidarité internationale qui conduit même les petites associations à structurer et professionnaliser leur modèle d’intervention et leurs partenariats.

 

Quels conseils pouvez-vous apporter à une association qui souhaite mettre en place des pratiques agricoles durables dans son microprojet ?

La mise en place d’un projet portant sur des pratiques agricoles durables doit tout d’abord reposer sur un diagnostic du contexte et des besoins conduit avec une forte implication de la population locale et des acteurs intervenants dans le secteur. Ce sont eux qui maîtrisent les éléments déterminants à une bonne analyse et compréhension des enjeux agricoles, environnementaux et sociétaux, ainsi que les ressources et potentialités locales existantes. Leur participation et implication sont donc fondamentales pour co-construire le projet, les actions et les pratiques durables à mettre en place.

Il est nécessaire aussi d’étudier et de s’inspirer des expériences menées par les agriculteurs (valorisation des savoir-faire locaux) et par les acteurs du développement agricole implantés dans des contextes similaires.

Le changement de pratiques agricoles est un processus long, qui s’inscrit dans le temps, et qui doit démarrer en invitant les acteurs concernés à partager leurs expériences, tester les pratiques, échanger et débattre sur leurs résultats, afin d’encourager leur appropriation et leur diffusion. Les formations par pairs (entre agriculteurs), les parcelles écoles, les champs de démonstration et d’expérimentation individuels ou collectifs, les visites de fermes écoles et/ou de références sont autant d’outils et de méthodologies qui ont fait leurs preuves.

En outre, les pratiques agricoles durables doivent être pensées d’une part à l’échelle de l’exploitation familiale, mais aussi en les inscrivant dans l’environnement global de l’exploitation. Cela signifie que les pratiques agricoles durables doivent concerner et être applicables aux différentes productions agricoles, mais aussi reposer sur une diversification des productions, une valorisation des ressources locales, une préservation de la biodiversité et des transferts entre agriculture et élevage. La diffusion des pratiques agricoles durables oblige aussi à s’intéresser aux filières agricoles complètes, en intégrant les questions de semences jusqu’aux aspects de commercialisation, conservation et transformation.

Enfin, au-delà des formations et des expérimentations conduites avec les agriculteurs, les clés de réussite de changements de pratiques agricoles reposent sur un suivi et accompagnement de proximité des agriculteurs. Une formation ponctuelle n’aura aucun effet si l’agriculteur n’est pas encouragé et accompagné dans l’application de cette formation. Par des visites régulières, des coups de main concrets (faire ensemble un compost, installer une expérimentation), des échanges périodiques sur l’avancée de telle expérience ou de telle pratique, un lien étroit se créé avec l’agriculteur qui se sent accompagné dans sa transition, soutenu et encouragé. Les agriculteurs ont besoin de limiter les risques et l’insécurité que peuvent générer les changements de pratiques, c’est donc auprès de leurs pairs (via les échanges) et en introduisant au fur et à mesure les pratiques (transition progressive) que les agriculteurs peuvent s’engager en confiance et sur le long terme dans le changement de pratiques.

 

Quels sont pour vous les atouts ou freins des microprojets dans les pays en voie de développement ?

Les microprojets ont comme force d’être pour la plupart des actions concrètes, issues de besoins réels et exprimés par la population locale, et qui apporte une réponse pragmatique et efficace sur une zone donnée, dans un contexte particulier. Le microprojet a l’avantage et l’inconvénient de sa taille : ce sont des « petites actions » très localisées qui vont générer un effet immédiat sur un espace délimité, mais qui n’auront d’effet que sur cet espace circonscrit, rendant difficile sa diffusion, sa capacité à être répliquée.

Ce sont malheureusement trop souvent des projets trop isolés pour avoir un impact global sur un territoire donné, et dont les résultats et succès sont trop souvent peu connus et valorisés à l’échelle du territoire. Il y aurait pourtant beaucoup à gagner en créant des liens entre l’ensemble de ces projets, pour capitaliser et partager leurs enseignements, inspirer d’autres projets, et créer les dynamiques et synergies nécessaires pour impacter plus durablement un territoire.

 

Nous sommes toujours ouverts à l’idée d’accueillir de nouveaux membres au sein de notre comité d’experts. Si vous êtes intéressé.e.s pour le rejoindre, merci de prendre contact avec nous à l’adresse servane.bourgeault(at)la-guilde.org, en expliquant votre motivation et vos domaines d’expertise. Ce travail est bénévole, et nous comptons sur votre participation pour la durée de votre choix.

 

 

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