Etape 7 : Viabilité

Cette partie est primordiale pour le jury lors de la sélection de votre dossier. Grâce aux étapes précédentes, votre projet a été justifié, expliqué et décrit. Maintenant, il s’agit de prouver pourquoi ce projet sera pérenne dans la durée et pourra devenir autonome à moyen terme. Soignez donc cette partie et soyez précis.

L’objectif de tout projet financé par l’Agence des Micro Projets est qu’il ne soit pas ponctuel l’espace d’un financement. L’association française ne devrait pas avoir besoin de revenir faire une demande de financement pour le même projet l’année suivante. C’est pourquoi l’Agence des Micro Projets peut financer des frais de fonctionnement pour permettre le lancement de l’activité, à condition que la preuve soit apportée que ces frais de fonctionnement pourront être pris en charge par la suite.

La viabilité est un point essentiel et probablement le plus difficile à réaliser. Il s’agit bien souvent du point qui différentie un bon projet des autres.

Soyez dans l’explication, mais surtout dans l’analyse des différents aspects de votre projet, et notamment dans l’analyse des risques. Ne cherchez pas à montrer que votre projet est parfait, mais au contraire soyez sincère en montrant que vous avez su identifier les risques et que vous êtes prêt à les prévenir.

 

Viabilité économique et financière

La viabilité économique et financière justifie comment les frais de fonctionnement et de maintenance seront pris en charge par la suite. Cette partie est indispensable au bon fonctionnement de votre projet. Trop de constructions abandonnées ou de projets avortés balisent l’histoire des projets de développement. Montrez que votre projet est différent et qu’il pourra fonctionner de manière autonome à moyen terme sans intervention financière de l’association française/internationale. Cette phase d’autonomisation dépend du projet et peut varier de quelques mois à plusieurs années.

Tout d’abord, comptabilisez tous les frais récurrents de votre projet après la première phase : salaires, maintenance, réparations, location, essence, loyer, renouvellement du matériel/amortissement, frais bancaires/téléphone/internet/eau/électricité, etc. Votre stratégie de financement doit être adaptée au montant de ces frais récurrents. Plusieurs possibilités s’offrent à vous, en fonction du projet et de son contexte :

- Participation / cotisation des bénéficiaires : certains projets se prêtent à une participation des bénéficiaires, qui peut-être payée directement lors du rendu d’un service, soit récolté par l’intermédiaire d’un comité de gestion ou d’une association locale par exemple.

- Participation de l’état : participation financière ou en nature (mise à disposition de terrain, de bâtiment ou de personnel). Dans ce cas, ajoutez une lettre d’engagement de l’état aux annexes de votre projet.

- Activité Génératrice de Revenus (AGR) : toute activité permettant localement de générer des fonds récurrents qui serviront au financement du projet.

- Parrainages ou mécénat régulier : au mieux, ils proviennent d’entreprises ou de particuliers du pays concerné. Dans certains cas, ils peuvent provenir de France ou de l’étranger et permettent au projet de subvenir à ses besoins pendant un certain temps. Attention, cette solution ne devrait être que transitoire, une autre possibilité de financement à long terme doit être envisagée.

Exemples

Projet d’accès à l’eau potable : en règle générale, les frais liés à la maintenance, au nettoyage et éventuellement au gardien peuvent être pris en charge par la population locale. Un comité de gestion de l’eau sera alors chargé de récolter les fonds payés par les usagers et d’en assurer la gestion pour la maintenance et les réparations. L’eau devient alors payante pour les bénéficiaires ce qui peut nécessiter un travail de sensibilisation en amont.

Projet de création d’une coopérative de femmes pour la récolte et la transformation de karité : ce projet présente une activité génératrice de revenus qui permettra en principe de rémunérer les femmes et de subvenir aux besoins de la coopérative. (voir ci-dessous AGR)

Projet de centre d’accueil pour enfant des rues : les projets de centre, que ce soit pour les enfants, les personnes souffrant d’handicap, les centres de formation professionnels, etc. sont parmi les plus chers et les plus difficiles à autonomiser. En règle générale, ils cumulent plusieurs possibilités de financements comme vue plus haut. La participation de l’état, une participation des parents, des parrainages sont complétés par une activité génératrice de revenus. Pour ces projets il est particulièrement important de montrer comment ce projet pourra être autonome à moyen terme, pour que le jury s’assure que l’association ne reviendra par l’année suivante pour demander une subvention pour les frais de fonctionnement.

 

L’Activité Génératrice de Revenus (AGR)

L’activité génératrice de revenus peut revêtir des formes très diverses en fonction du projet et du contexte. En générale, celle-ci ne permet pas de suite de subvenir aux besoins du projet. Elle doit d’abord devenir elle-même autonome, avant de pouvoir générer des fonds pour le projet. Si vous avez prévu une AGR dans votre projet, détaillez bien son fonctionnement dans les activités de votre projet (qui en est responsable, quel est son fonctionnement, une étude de marché a-t-elle été réalisée, comment seront réparti les fonds, etc.), puis ajoutez obligatoirement un compte d’exploitation prévisionnel.

Il s’agit d’un tableau budgétaire sur les années à venir (en principe sur les 3 prochaines années), qui récapitule les frais récurrents et les gains prévus sur chacune des années. Cela montre au jury que vous êtes conscient des fonds qu’il faudra générer pour que votre projet puisse être autonome.

Par exemple, dans le cas d’un jardin maraîcher permettant d’aider au financement d’une école, vous devrez savoir quels produits y seront récoltés (et justifier ce choix), quelle quantité de production peut-être prévue et à quel prix elle peut-être vendu.

Remarques

1. Il est normal qu’une AGR n’engendre pas des revenus dès la première année. Le jury veut s’assurer que vous êtes conscient de l’effort qu’il faudra faire pour entrer dans vos frais et que vos calculs sont crédibles.

2. Ne présentez jamais les revenus maximum idéalement atteignables. Les comptes d’exploitation prévisionnels sont généralement trop optimistes. Prévoyez une marge de perte suffisamment importante pour parer à toute éventualité.

GUIDE METHODOLOGIQUE : Consultez ce guide méthodologique sur les Activités Génératrices de Revenus

Viabilité sociale et culturelle

La viabilité sociale et culturelle comprend « l’acceptabilité » du projet par la population locale, et donc les chances d’appropriation. Le projet est porté par une association française, ce qui peut dans certains contextes être une difficulté en soi. De plus, les projets entrent souvent dans la vie privée des habitants, dans leurs habitudes de vie, de consommation, de travail ou dans leur vie familiale. Cela concerne les bénéficiaires directs, mais également les représentants d’autorités locales, la hiérarchie informelle existante, etc. Expliquez donc notamment:

- Comment ce projet est-il perçu par la population (bénéficiaires, population locale globale, autorités locales, hiérarchie, chef traditionnel, etc.) ?

- Qu’avez-vous mis en oeuvre dès la phase exploratoire pour adapter votre projet à la population et aux coutumes locales (et non l’inverse) ?

- Quelles difficultés avez-vous pu rencontrer dans la préparation du projet ?

- En quoi votre projet respecte les habitudes locales, les us et coutumes, les croyances et les hiérarchies établies avant votre arrivée.

- Quels sont les freins / les risques possibles dans la mise en oeuvre de votre projet ?

- Quelles sont vos solutions de repli en cas de refus ou de scepticisme par une partie de la population ?

En cas d’écart entre les principes de votre projet et les pratiques de la population, il est important de savoir adapter le projet et/ou de réaliser des actions de sensibilisation de la population. Inversement, si vous avez prévu de telles activités de sensibilisation, il est essentiel d’expliquer ici pourquoi ces actions sont importantes et ce qu’elles vont provoquer pour votre projet. Comme pour les autres éléments de cette étape « viabilité », l’objectif n’est pas d’inscrire banalement qu’il n’y a aucune difficulté, mais au contraire d’analyser en amont quelles sont les difficultés que vous pouvez déceler et prévoir.

Cas d’un projet d’accès à l’eau Bien souvent, la population avait accès à l’eau de manière gratuite. Demander de payer l’eau, peut donc entrainer des réactions de refus. Expliquez quelle est la réaction de la population, quelles sont vos actions pour impliquer des bénéficiaires et quels sont les freins possibles.

Cas d’un projet lié à l’environnement Ces projets encouragent souvent la population à changer ses habitudes de vie pour le bien de l’environnement, même si cela ne leur apporte pas d’avantages directs et à court terme. Expliquez quelle est votre stratégie de sensibilisation, comment la population accepte ou non votre projet et quelles sont vos solutions de repli si la population refuse.

Viabilité politique et règlementaire

Il est souvent reproché aux microprojets (par opposition aux grands projets des institutions nationales, européennes ou onusiennes), de travailler « dans leur coin« , et de manquer de cohérence avec les autres programmes de développement réalisés autour. Expliquez donc comment vous vous inscrivez dans la paysage politique et règlementaire local et quels sont vos liens avec les différents acteurs. Le jury cherchera au minimum à savoir si les autorités locales sont informées de votre projet et si vous respectez les orientations politiques et les plans de développement locaux.

Expliquez donc quels sont vos liens avec les autorités locales (maire, ministre, collectivité locale, chef traditionnel, chef religieux, etc.). Vous soutiennent-ils, approuvent-ils votre projet ou au contraire freinent-ils sa réalisation ? Avez-vous des difficultés à être en lien avec eux ?

Informez le jury des orientations politiques, des plans nationaux, régionaux ou locaux en vigueur dans le pays concernant le domaine d’intervention que vous touchez et montrez en quoi vous vous inscrivez dans ces orientations. Pour cela, vous devez être en lien avec les antennes des ministères concernés dans votre région et avec les structures locales (universités, hôpitaux, etc.).

Viabilité environnementale

Montrez quel est l’impact écologique (positif et/ou négatif) de votre projet. Pensez à tous les éléments qui entrent en compte, même si votre projet ne concerne par directement la thématique de l’environnement : achat de produits locaux, transport de matériel depuis l’Europe, limitation des transports, utilisation d’énergies renouvelables, utilisation de matériel non biodégradable, utilisation d’un groupe électrogène, etc.

Si votre projet a un impact environnemental non négligeable, justifiez votre choix. (Pourquoi l’utilisation d’un groupe électrogène est-il nécessaire par exemple). Si votre projet utilise des ressources naturelles, expliquez comment ces dernières seront renouvelées dans le cadre de votre projet.

Viabilité technique

La viabilité technique comprend deux aspects principaux : la pérennité des moyens (matériels et immatériels) et le savoir-faire à l’utilisation et au maintien de ceux-ci. De plus, si vous avez prévu un amortissement pour le remplacement du matériel dans les années à venir, n’hésitez pas à le mettre en avant dans cette partie.

La pérennité des moyens

Quelle est la durée de vie du matériel acheté, du bâtiment construit ? Ce matériel est-il adapté au contexte local (température, humidité, poussière, vents, etc.) ? Les pièces de rechange sont-elles disponible sur place ? Les biens immatériels comme des logiciels par exemple seront-ils encore d’actualité et utilisables dans quelques années ?

Le savoir-faire à l’utilisation et au maintien des moyens

Les personnes sont-elles formées à la bonne utilisation des moyens (règles d’hygiène, de sécurité, de conservation, de protection, d’entretien, etc.) ? Du personnel qualifié est-il présent et disponible pour la maintenance et la réparation de ces biens ?

Viabilité organisationnelle

La viabilité organisationnelle, c’est-à-dire la capacité à gérer, organiser et coordonner le bon fonctionnement du projet, est à décliner à la fois pendant la mise en oeuvre de votre projet, mais aussi, et surtout, après votre projet.

le jury cherche à savoir si votre partenaire local est suffisamment solide pour reprendre le projet après la phase d’autonomisation : les rôles sont-ils clairement définis localement, les personnes sont-elles légitimes et suffisamment formées pour réaliser leurs missions, etc. L’organisation locale doit être suffisante pour permettre la mise en oeuvre du projet, mais également son maintien, son suivi et sa prise en main sans aide de l’association française.

Si votre projet a prévu du renforcement de capacités locales (formation, sensibilisation, observation ou autre), précisez ici dans quel but, et en quoi cela permettra la viabilité globale de votre projet.

Dispositif d’évaluation

Contrairement à la définition des indicateurs qui a été fait spécifiquement pour chacune des activités, expliquez ici quel est votre processus de suivi et d’évaluation global. L’organisation entre votre association française et le partenaire local doit être détaillée, ainsi que les prévisions de votre organisation : comités de pilotages, jalons importants du projet, etc.

Expliquez également quelle évaluation vous avez prévue, à quel moment du projet et qui la réalisera. Une évaluation externe n’est pas toujours financièrement possible par l’association, expliquez alors comment vous allez évaluer la bonne réalisation de votre projet.

Rappel : une évaluation finale (qui vous permettra de rendre le bilan final auprès de l’Agence des Micro Projets) doit toujours se faire sur la base d’un fonctionnement du projet.

Exemple de la construction d’un dispensaire qui consiste en la construction, l’équipement, le recrutement des équipes, la mise en place d’une AGR, et l’inauguration des locaux par exemple. A cette étape, il est encore trop tôt pour réaliser une évaluation de cette action. En effet, le dispensaire doit être en fonctionnement normal pendant au moins quelques mois avant de pouvoir tirer des conclusions sur son bon fonctionnement. Quelques années plus tard, une autre évaluation dite « ex-post » permettra d’évaluer les impacts du projet (diminuer la mortalité infantile par exemple), qui ne peuvent s’évaluer qu’après plusieurs années.

Actions de sensibilisation en France

Les actions de sensibilisation en France représentent toutes les actions d’Education à la Citoyenneté et à la Solidarité Internationale (ECSI), ou anciennement Education au Développement (EAD) que votre association organise en France. L’ECSI prend de multiples formes grandes ou petites et pour tout type de public. Elles doivent être en lien avec une thématique particulière et sensibiliser les personnes sur l’importance de la solidarité internationale. Quelques exemples d’activités possibles : l’organisation de ciné-débat, la tenue dynamique d’un stand, une initiative locale autour d’une thématique particulière, l’organisation d’un forum, d’une animation, d’une journée/soirée thématique, d’un spectacle, d’une exposition, etc.

Définition de l’ECSI : « L’ECSI est un processus éducatif global sur le long-terme qui vise à donner à tout individu des clés pour comprendre le monde qui l’entoure et d’agir en tant que citoyen. L’ECSI utilise essentiellement une pédagogie active en créant un espace de dialogue et d’émulation collective où l’animateur doit accompagner un groupe dans sa réflexion en partant de ses repésentations initiales et en sachant jusqu’où on peut aller. » (selon le Guide pratique de Centraider)

Dans le cadre du dépôt de projet, il est important d’évaluer les actions de votre association en France et pas seulement sur le terrain (qu’elles soient liées au projet que vous êtes entrain de déposer ou non) et d’autre part la vie de votre association et son dynamisme en France. Indiquez donc si vous réalisez de telles activités, et si oui, de quel type, pour quel public, avec quels objectifs, etc.

Prolongement envisagé, si oui lesquels ?

Les activités que vous avez détaillé à l’étape 6 présentent uniquement ce qui sera réellement réalisé dans le cadre du projet pour lequel vous demandez des financements. Cette question en revanche, vous permet d’expliquer quelles sont vos idées à long terme pour le projet. Elles ne sont pas à inclure dans le budget de demande de financement, mais permettent d’évaluer votre capacité d’anticipation et de comprendre quel est l’objectif général (notamment lorsqu’il s’agit d’un projet en plusieurs phases).

 

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